Dec 9 – Les 100 jours

1975-un-an fois trois

 

Déjà !

Cent jours que j’ai quitté Paris pour arpenter l’Eurasie.

Paris. Vladivostok. Shanghai. Séoul. Taipeh. Delhi. Bénarès. Calcutta. Denpasar, pour ne citer que quelques-unes de mes étapes  – Car, en réalité, sur ce chemin, chaque arrêt a compté. D’un battement d’aile de papillon j’ai parcouru je crois 20 000 km, tantôt en train, en moto, en bus, et même à vélo… Pourtant j’ai l’impression que le voyage commence à peine…

H. m’a écrit récemment : « Rien de neuf à Paris. Je crois qu’on ne peut même pas s’imaginer ce que tu vis ». Sur le moment, cette réflexion m’a parue étrange. Et j’ai mis un certain temps à comprendre pourquoi : Je me suis en fait habituée assez rapidement à ma vie itinérante, à ses rituels, à ses défis quotidiens.  Rien ne me semble plus insurmontable..

Les défis du voyage au long court ?
S’accommoder des changements des température, adapter son oreille aux différents accents, décoder les signes de politesse, déchiffrer les horaires des bus et trains, se fondre dans le trafic automobile local, ne pas s’emmêler les pinceaux dans les taux de change et les billets de toutes les couleurs qui me filent entre les doigts.

Les rituels ?
Continuer de ne pas se laver les dents avec l’eau du robinet, continuer de s’enduire de crème solaire le jour et d’anti-moustique la nuit même si on est déjà tout collant, regarder sous lit en arrivant (un cafard peut-être ?) et en repartant (une chaussette, un passeport ?), en un mot ne pas relâcher sa vigilance sur l’essentiel tout en lâchant prise sur l’accessoire. A moins que ce ne soit l’inverse.

Le bon timing ? L’absence de timing
Je ne mange que lorsque j’ai faim et que la nourriture est à portée de main. Pas parce qu’il est midi et que c’est « Spécial Chandeleur » à la cantine.

Je lave mon linge lorsque je tombe sur un lavabo qui se ferme et qu’il fait assez chaud dehors pour être certaine qu’il sèchera dans la journée. Aujourd’hui j’ai fait sécher mes culottes sur un cactus ! Au Rajasthan j’ai mis le même tee-shirt de Vintage Rides trois jours de suite. Bon, j’ai hésité au début. Et puis je me suis rendue-compte que les autres faisaient pareil. Ouf, l’honneur était sauf !

Je remplis mon réservoir d’essence dès que je croise une pompe.  Ou une bouteille d’essence. Ici à Bali, on la trouve dans des bouteilles en verre en devanture des épiceries, là où en Europe on achalanderait des tomates hollandaises.

wharol like

 

Comme Capitaine Caverne qui sortait toujours de sa massue préhistorique l’objet adapté à la situation j’ai toujours à portée de main :
Un bonnet pour la Sibérie, un maillot de bain pour Bali,
Un masque pour dormir dans le transsibérien, un filtre pour respirer en attendant le train.
Avoir l’esprit pratique pour permettre de réaliser l’essentiel : continuer à avancer.
Et c’est là que je touche enfin du doigt ma liberté.

Le plus jubilatoire : aller où nous porte le vent. Quitter une Chine oppressante pour Le Pays du Matin Calme, la Corée. Prendre son vélo pour aller visiter un temple au fin fond de la campagne et puis décider que ce serait beaucoup plus intéressant d’aller se promener dans les villages. Quitter des montagnes pluvieuses et la promesse d’un panorama inouï pour retrouver le climat plus doux d’un rivage.

Reporter - Eye 2011

Et puis retranscrire. Raconter. Partager. Transmettre.

MyScenicRailway apporte à mon itinérance une dimension supplémentaire que n’avais pas imaginée. Je ne suis pas seulement partie voyager, je suis partie raconter. Et je suis chaque jour sidérée par les échanges que cette plateforme fait germer. Je suis suivie par la cuisinière de mon auberge de Yekaterinburg, par un étudiant Indien rencontré dans un train, par une mère de famille du Cachemire…

Et puis je pense à Blaise.
Blaise.
Balise.
Valise.

je reviendrai

6 thoughts on “Dec 9 – Les 100 jours

  1. Congratulations for your hundred days! however I am not used to your absence in Europe yet mais …J’adore vos histoires en français!

  2. thanks for speaking for all of us, no one is used to her absence yet… she’s having a great time so let’s not remind her of the rest, as good friends!

  3. Salut Steph, quel magnifique voyage, tant d’impressions! Ici on est au froid sous l’arbre de Noël! Bon courage et continue tes récits, ça vaut une publication après ton retour, non?

  4. Have a good journey on this liberty road !
    I’m sure you will find all your new markers… I trust you😉
    Enjoy it !!!
    And after, about 330 days, you’ll tell us in live all your adventures and this fantastic trip…
    Writing this, I think at an italian-spanish-french serie based on a Jules Verne’s novel “L’île mystérieuse / Mysterious island” with Omar Sharif with which I traveled when I was young…
    “Read you soon” and see you next year !

  5. C est bon de goûter au ” beyond”. Merci de ce superbe témoignage! Moi j y touche parfois aussi subrepticement , à travers la folie fantasque ou la spiritualité chantée. Je suis dans ta poche, sous ton mouchoir.

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