my life with taxi drivers

Every ride with taxi drivers has told me a little bit more about local cultures.
You might remember a report from New Delhi, when a taxi driver in his thirties explained to me he had to get his mother authorization before going on a week-end trip.
So. I’ve also had interesting conversations here, in the Philippines – Especially because I make up a new story every time, as they keep asking personal questions…

TX = Taxi
MSR = MyScenicRailway correspondent

Capture d’écran 2014-01-25 à 14.08.38

Here was my first chat, in Cebu

TX: How many children do you have?
MSR: None
TX: Oh
MSR: Not yet
Inner me: Seven, and my name is Snow White; the prince is asleep
TX: Are you traveling on your own?
MSR: Yes
TX: Are you traveling alone?
MSR: Yes
TX: You left your husband at home?
MSR: I don’t have a husband
TX: I’m sorry, so sorry
Inner me: F*** you

And here the last chat I had, yesterday, in Manila, with Georgio…

Based on the previous experience, I had, of course, a different storyline to give

taxi manille

TX: I can drive you all day if you want
MSR: Oh, that’s nice of you, but I’d rather walk
TX: I can drive you tomorrow if you want
MSR: Oh thanks, but I’ll be leaving tomorrow
TX: Are you travelling on your own?
MSR: No, only for today
Inner me: time to make up a story
TX: Have you been to the Port? There is a nice life night there
MSR: How, thanks for the advice, I might go with my friend
Inner me: here we are
TX: Are you married?
MSR: No, I’m not, I just have a boyfriend, you know…
TX: But where is he?
MSR: He is sick, you know, stomach problems, he stayed at the guesthouse for the day
TX: But you should have stayed with him
MSR: Well, It wouldn’t help much
TX: I hope you took good care of him
MSR: Yes, of course, don’t worry
TX: I hope you have cuddled  him at least
MSR: Don’t worry, I did what I had to do…
Inner me: Does he want to know if I sucked him before I left?
TX: How old are you?
MSR: 33
Inner me: What’s the point?
TX: Oh, you still look beautiful
MSR: Thank you
Inner me: still??? Fuck you, I thought 33 was young
TX: Where do you live?
MSR: In France
TX: Is France in Europe?
MSR: Yes it is
TX: Do you drink?
No
Inner me: what a question is that? It is only 10AM, does he want to invite me for a drink?
TX: Do you smoke?
No
Inner me: I’m certainly not going to confirm your clichés about Western women
TX: I smoke, I cannot quit, it’s too difficult
MSR: You should try sports, it helps.
TX: I don’t have time. On Sundays I spend time with my friends.
MSR: Oh, yes, of course, it’s not that easy
Inner me: When are we going to reach my destination???
TX : We are almost there, I will leave you by the church
MSR : Sure
Inner me : Whatever
TX : Are you a catholic ?
MSR : Half. Half Jew, half catholic
TX : Oh, it doesn’t matter, here in the Philippines we are tolerant
MSR : I’m so glad to hear that
Inner me : I’m so glad that I’ve finally used this stupid sentence we hear in US series

Today, I was having a last drive with a taxi driver, to the airport. Quite a long drive. I pretended from the very beginning that I was mute.

 

A Benares la vie est un songe. La mort, aussi.

Steph songeuse

A Bénarès, la vie est un songe. La mort ? Aussi.

Trente ans que je suis fascinée à l’évocation de cette ville. Varanasi en Hindou. La sonorité fait presque autant rêver que Pondichéry et Chandernagor. Et pourtant.

Le soir, la ville prend des allures de fête.

A quai, on peut assister à la cérémonie quotidienne des offrandes faites au Gange. Parmi les touristes, des Américains épaissis par leurs chemises de bucheron et armés de leur vieux camescope Hitachi, des Françaises tassées par leurs pantacourts qui mitraillent avec leur Olympus, des Hollandaises en pleine quête spirituelle qui s’imaginent sans doute que le collier à  fleurs aide à changer de peau alors qu’ils ne font qu’attirer les moustiques, et beaucoup d’Indiens. Et d’Indiennes même. Beaucoup.

Au rythme des percussions, les prêtres répètent inlassablement leurs pantomimes.

A flot, sur une énorme barque en bois, on s’éloigne de la foule des badauds et bientôt la cérémonie ne renvoie plus qu’un écho lointain. La brume et les quelques lampadaires à lumière jaune achèvent de composer l’étrangeté du lieu.

Au loin, on aperçoit encore quelques âmes qui déambulent sur les quais. Peu nombreuses. Dans une atmosphère ouatée. Les balcons ciselés et les coursives mystérieuses des imposantes façades mogholes font penser à Venise. Corto Maltese aurait pu passer par ici. On imagine des ombres, des pas qui se bousculent, peut-être une aventure au coin de la rue.

La majesté de ces façades, la quiétude du rivage, à peine troublée par le clapotis de l’eau, confère à l’ensemble une physionomie sacrée. Même le libre-penseur s’y sent soudain emprunt d’une certaine spiritualité. Toute cette ferveur paisible, tous les hommes et toutes les femmes qui viennent mourir ici, toutes ces cendres dans l’eau du Gange ; nous sommes entourés de millions d’âmes, comment y être indifférents ?

Lendemain de fête. La ville a la gueule de bois.

J’ai en tête cette phrase de Duras, si bien dite par Emmanuelle Riva dans le film de Resnais. « Non, tu n’as rien vu à Hirsohima ».

Non, tu n’as rien vu à Varanasi.

Ceremonie 3

Les façades sérénissimes sont devenues des coquilles vides dont les pilastres se sont effondrés il y a longtemps déjà, le Gange ne charrie que des détritus, les vaches sacrées ne sont que fange, l’encens ne couvre plus l’odeur âcre des crémations, et surtout, sur les quais, ne déambulent que des âmes en peine.

A Bénarès, la mort est un songe. La vie? Aussi.

Pour trouver les Gaths réservés aux crémations, regarder dans le ciel et suivre les cendres, en cherchant les plus épaisses. Lorsqu’on aperçoit des stères de bois c’est que l’on est plus très loin. Les civières, fleuries d’œillets orange, se déversent par norias sur la plage. Ici on entrevoit un corps raidi enveloppé dans un drap blanc se consume lentement. Si lentement. Là une chèvre lèche les pieds d’un autre. Même Louis de Funès n’aurait plus vraiment envie de rire. Mais ce sont surtout la fumée, épaisse, et l’odeur, âcre, qui ont raison du chaland. Au stand femmes, les crémations sont moins ostentatoires et le public s’y presse moins. Jusque dans la crémation elles demeurent des âmes de seconde classe.

On retourne sur les quais hauts. Des murmures, des corbeaux, quelques faibles meuglements, une enfant de cinq ans qui vend des cartes postales, un chien qui regarde le fleuve sans bouger une oreille, une vieille qui dispose méticuleusement des bouses de vache sur un promontoire pour les faire sécher, des vieillards décharnés qui attendent le regard vide. Une atmosphère crépusculaire.

Reprendre le chemin de la vieille ville. Le dédale des ruelles. Le slalom entre les bouses.

Fascination et effroi.

Voir Varanasi et mourir.