Et Pourquoi pas le Kazakhstan ?

Un article publié dans Kopir, la revue de Marek Halter
Kopir (Passerelles) : Revue lancée en décembre 2014 par Marek Halter à l’occasion de la visite officielle de François Hollande au Kazakhstan. Publication bilingue.

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Et pourquoi pas le Kazakhstan ?

Le Kazakhstan, au carrefour de l’histoire et à la croisée des chemins.

Alors que vous rêvassiez devant une mappemonde, réfléchissant à vos prochains voyages, ne vous êtes-vous jamais demandé quelle était cette immense terre, au Sud de la Russie, coincée entre la Mer Caspienne et la Chine ? C’est l’un des plus grands pays du monde et pourtant, lorsque je raconte mes voyages à travers l’Eurasie, la même question revient toujours : Et pourquoi le Kazakhstan ? Et bien pourquoi pas…

Almaty, un kaléidoscope d’impressions

Imaginez seulement : votre avion se pose à Almaty, ancienne capitale du Kazakhstan soviétique. Dans le taxi qui vous conduit au centre-ville, vous apercevez les vieilles babouchkas que vous aviez imaginé, mais, plus étonnant, vous découvrez de jeunes hipsters qui passent devant elles, se faisant eux-mêmes doubler par des enfants déguisés en Bob l’Eponge, le tout sous le regard impassible des multiples statues qui marquent le paysage et qui rappellent à sa jeunesse que le Kazakhstan est riche d’une longue histoire.

A votre gauche s’écroulent doucement de vieux condominiums délabrés, cependant qu’à votre droite les cathédrales orthodoxes retrouvent des couleurs, et leurs clochers les ors d’une restauration minutieuse. Une fois installé, vous pourrez aller flâner au Parc Gorky, avaler des shuzhuk – saucisses de cheval – au Bazar Zelyony, ou encore goûter au luxe chez Hédiard et Saks Fifth Avenue aux côtés des nouvelles élites… Relevez la tête, au loin, vous apercevrez des sommets enneigés !
Almaty, c’est un tableau impressionniste qui, par petites touches, vous livre les indices de ce qui compose ce pays, et de ce que vous allez y découvrir… A l’Est, le massif des Tian Shan, passage obligé de la route de la soie. A l’Ouest, la base spatiale de Baïkonour et la Mer d’Aral, stigmates soviétiques. Au Nord, l’Altaï des randonneurs. Au Centre, Astana ou la Cité Idéale revisitée. En toile de fond, les steppes de l’Asie Centrale.

Vous avalez un beshbarmak, le plat national. Vos papilles s’éveillent doucement aux saveurs de l’Asie Centrale. Vous êtes rasséréné et c’est tant mieux… Maintenant vous pouvez déplier la carte et consulter les horaires des trains : Vous avez tous les choix !

Les Tian Shan, ces Monts Célestes…

A quelques encablures d’Almaty, s’élève donc la partie occidentale des Tian Shan, l’un des plus grands massifs du monde. Partis de X’ian, les marchands traversaient la Chine et contournaient le Désert du Taklamakan avant de devoir traverser ces Monts Célestes. Une fois les montagnes vaincues, les caravanes poursuivaient alors leur périple à travers l’Asie Centrale…

Aujourd’hui, c’est pour le plaisir que les Kazakhes empruntent cette voie mythique. A 15 kilomètres d’Almaty, vous pourrez déjà patiner au milieu des montagnes, sur l’immense patinoire de Medeu. A 1691 mètres d’altitude, elle est considérée comme la plus haute du monde. « Dans ma jeunesse, je trouvais toujours des amis pour m’y accompagner », me raconte Dilbar, mère de famille rencontrée à Almaty. « Mais maintenant, tout le monde reste devant la télévision et les jeux vidéos », se lamente t-elle… Pourtant, en décembre 2014, le site accueille le Championnat du Monde Universitaire de patinage de vitesse. Mais vous pourrez également skier dans la station voisine, Chimbulak, ou faire un trek jusqu’au lac Ozero Bolshoe Almatinskoe ; voire même, pour les plus aguerris,  tenter l’ascension du Kan Tengri, à sept mille mètres d’altitude !

Remonter le temps jusqu’à la Mer d’Aral

Après avoir marché dans les pas de Marco Polo et d’Ella Maillart, vous pouvez faire un autre saut dans l’histoire en prenant un train pour le sud-ouest du pays, et rejoindre la Mer d’Aral, au terme de 30 heures de train passées aux côtés de Kazakhes qui partageront avec vous leurs pique-niques, leur thé, leur vodka ou leurs photos de famille. Au passage, arrêtez-vous à Kyzylorda. En effet, si vous vous y prenez assez longtemps à l’avance, vous pourrez, de là, rejoindre le cosmodrome de Baïkonour et assister à un lancement. C’est de là que sont partis tous les vols spatiaux d’équipages soviétiques et russes depuis Gagarine !

En bout de ligne, donc, la Mer d’Aral, ses paysages lunaires et ses villages sinistrés où la pêche n’est plus qu’un mirage. Les plantations de coton voulues par les soviets, particulièrement hydrophiles, ont eu raison de la quatrième plus grande mer fermée du monde. Marcher sur cette croûte de sel vaut bien quelques aventures ferroviaires.

Astana, la Brasilia de l’Asie Centrale

Autre saut dans le temps, mais vers le futur cette fois-ci. En une heure d’avion depuis Almaty vous allez parcourir des années lumières en atterrissant à Astana, nouvelle capitale spectaculaire érigée au milieu des steppes. Si certains y voient l’hybris de quelques oligarques, il n’en demeure pas moins que sa construction relève d’une vision qui force l’admiration.  La ville s’articule autour d’une immense artère centrale qui s’allonge un peu plus chaque jour et voit surgir des édifices surprenants imaginés par les plus grands architectes. A son extrémité ouest, Khan Shatyr, immense yourte conçue par Norman Foster. Penchée comme la tour de Pise, elle abrite un centre commercial qui ne désemplit pas. A l’autre extrémité de cet axe, une énorme pyramide, Palais de la Paix et de l’Harmonie, du même Norman Foster. D’un seul coup, vous êtes transposés dans l’univers d’Enki Bilal ! Entre les deux, le monument Bayterek, les Archives, la Cour Suprême, le Parlement, le Palais du Président… Le tout dans des tonalités bleu et or, les couleurs nationales. Vous n’en croirez pas vos yeux, cette vision est irréelle…

D’Astana, vous pourrez enfin rejoindre Karaganda, en plein cœur des steppes, d’où partent les circuits dans le centre du pays. A vous les grands espaces vides, les rencontres improbables et les rêveries solitaires…

Carnet pratique

. Visa obligatoire pour les séjours supérieurs à 14 jours de séjour

. Astana et Almaty sont desservies au départ de Paris par la plupart des compagnies. Compter environ 500€ avec la compagnie russe Transaero ou l’ukrainienne UIA, pour une dizaine d’heures de vol avec escale.

. Un hébergement à retenir : The Place Astana Hotel, un appartement impeccable et bon marché dont les chambres offrent une vue imprenable sur l’artère principale de la ville.

. Le Lonely Planet de l’Asie Centrale est une bible d’informations pratiques